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La protection de l'enfance - le signalement

La Protection de l'enfance

Signalement et information préoccupante

 

Le signalement est un terme juridique réservé à la transmission au Procureur de la République de faits graves nécessitant des mesures appropriées dans le seul but de protéger l'enfant.

Quelle que soit la mesure de proection envisagée, les critères de gravité et d'urgence doivent présider à l'orientation de ces signalements (violences, sévices sexuels...).

En pratique: le médecin doit signaler directement au Procureur, éventuellement dans l'urgence par téléphone et courrier à suivre, dès qu'il estime que les faits dont il a été témoin, ou qui lui ont été rapportés, revêtent un caractère de gravité. il doit utiliser le "signalement type" et le remplir en fonction de ce qu'il a constaté uniquement. Il ne doit en aucun cas mettre un tiers en cause.

Le Procureur destinataire du signalement peut:

  • renvoyer au Président du Conseil Général si les éléments sont insuffisants après enquête
  • saisir le juge des enfatns pour suites à donner

I: Qu'est ce que l'information préoccupante?

Le Code de Déontologie Médicale précise déjà dans son article R. 4127-43 "Le médecin doit être le défenseur de l'enfant lorsqu'il estime que l'intérêt de sa santé est mal compris ou mal préservé par son entourage".

Le Code parle de "santé", globalement, mais dans cette définition doivent entrer en ligne de compte la santé physique, mentale, la sécurité afin que le développement affectif, physique, intellectuel de l'enfant soient protégés.

"Une information préoccupante est constituée de tous les éléments, y compris médicaux, susceptibles de laisser craindre qu'un mineur se trouve en situation de danger et puisse avoir besoin d'aide, qu'il s'agisse de faits observés, de propos entendus, d'inquiétude sur des comportements d emineurs ou d'adultes à l'égard d'un mineur".

II: Proposition de définition de "l'information préoccupante" faite lors des Etats Généraux de la Santé 2010

L'information préoccupante est une information transmise à la cellule départementale pour alerter le Président du Conseil Général sur l'existence d'un danger ou risque de danger pour un mineur:

  • soit que la santé, la sécurité ou la moralité de ce mineur soient considérées être en danger ou en risque de danger
  • soit que les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social soient considérées être gravement compromises ou en risque de l'être.

La finalité de cette transmission est d'évaluer la situation d'un mineur et de déterminer les actions de protection et d'aide dont ce mineur et sa famille peuvent bénéficier.

La compréhension de ce concept doit être:

  • partagée par l'ensemble des professionnels, qu'ils soient "isolés" ou en équipe
  • complétée par des éléments de guidance et des indicateurs et/ou référentiels de danger reposant sur des concepts clés à définir
  • le dialogue avec les familles, qui doit apparaître dans la procédure
  • la demande d'aide des parents, qui ne doit pas relever de cette information préoccupante.
    Le médecin, en son âme et conscience, doit tirer la sonnette d'alarme à chaque fois qu'il pense qu'il faudrait diligenter une enquête sociale, aider un enfant en difficulté s'il existe des troubles de la parentalité, si existe une suspicion d'addiction dans la famille, un adolescent fugueur, un enfant pas ou mal vacciné, des problèmes de moralité, de compromission des conditions d'éducation, de compromission du développement physique, affectif, intellectuel et social, de sécurité, de menace...

Dans le cadre de la transmission d'informations, un médecin n'est pas enquêteur. Il porte à la connaissance de la cellule ses appréhensions. Il ne peut pas être poursuivi pour diffamation même si elles ne sont pas confirmées, car seules les informations qu'il saurait être fausses, et qu'il transmettrait, seraient de la diffamation.

Le médecin peut téléphoner à la cellule afin de demander conseil sans donner le nom du patient, ou adresser un courrier, ou adresser un courrier (et non un certificat) au médecin de la cellule sous pli confidentiel, après avoir demandé l'accord des parents dans la mesure du possible en leur présentant cette mesure comme une aide que les intervenants de la cellule pourront mettre en place.

Il peut s'agir aussi pour le professionnel de santé, ou pour les travailleurs sociaux, d'une vague impression de dysfonctionnement au niveau de la cellule familiale qui pourrait nécessiter une aide ou des mesures destinées à protéger l'enfant, voire le mettre hors de danger potentiel.

De même si l'aide ou la mesure de protection déjà mises en oeuvre ne paraissent plus suffisantes pour maintenir l'enfant hors de danger.

III: La cellule départementale de recueil et d'évaluation de l'information préoccupante (CRIP)

Elle est au centre du dispositif créé par la loi puisqu'elle est chargée de recueillir et d'évaluer les informations. Elle est en général pluridisciplinaire, composée d'un pôle social et d'un pôle administratif, mais on constate de grandes disparités selon les départements. Elle peut faire appel, si besoin, à des personnes ressources.

La cellule a pour rôle d'évaluer toutes les informations dont elle est destinataire et soit de mettre en route une action médico-sociale, soit une mesure de protection de l'enfant, soit de signaler elle-même au Procureur de la République.

Cette cellule est le lieu unique de recueil permettant de faire converger toutes les informations préoccupantes concernant des enfants en danger ou en risque de l'être. Elle peut aussi conseiller les professionnels.

En pratique: le médecin prend contact avec la CRIP et si possible avec le médecin de la cellule afin de lui exposer son problème. Si besoin il peut interpeller directement le Président du Conseil Général qui a toute compétence pour intervenir. Les règles déontologiques sont les mêmes que dans le cas d'un signalement au Procureur. Nul tiers ne doit être mis en cause.

IV: Signalement, information préoccupante et secret médical

La loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l'enfance donne un cadre légal au partage d'informations concernant "les mineurs en danger ou risquant de l'être"; elle aménage le secret professionnel pour permettre de mettre en place des mesures de protection. Ce partage doit se faire dans des conditions strictement définies.

En matière de protection de l'enfance, il faut impérativement rappeler aux médecins leurs obligations en précisant que la dérogation légale au respect du secret médical les met à l'abri de toute poursuite opur violation du secret, à la condition expresse de ne dénoncer que les faits et non leurs auteurs allégués.

Les informations à caractère médical restent soumises au secret professionnel, mais elles peuvent être transmises à un médecin nommément désigné dans le but de protéger le mineur.

Le Conseil National de l'Ordre des Médecin a manifesté son désir de voir les échelons départementaux de l'Institution particper aux travaux de la cellule. Le but de ce partage d'informations est de permettre une évaluation de la situation de l'enfant afin de mettre en oeuvre des actions pour aider l'enfant et aider la famille.

Les informations sont strictement limitées à celles nécessaires à l'évaluation qui permettra de mettre en oeuvre cette protection. Les représentants de l'enfant doivent être avertis de cette transmission, sauf si l'intérêt de l'enfant s'y oppose.

 

Informations à retenir

Faits graves: signalement au Procureur

Enfant en danger ou en risque de l'être: Contacter le CRIP

Dérogation légale au secret médical: Le médecin est protégé s'il se limite à signaler ou à communiquer uniquement les faits

 

Références légales et réglementaires

Code de déontologie médicale

  • Article R. 4127-43:
    "Le médecin doit être le défenseur de l'enfant lorsqu'il estime que l'intérêt de sa santé est mal compris ou mal préservé par son entourage".

Convention Internationale des Droits de l'Enfant

  • Article 3:
    "Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale".

Code Civil

  • Article 375:
    "Si la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d'assistance éducative peuvent être ordonnées par justice à la requête des père et mère conjointement, ou de l'un d'eux, de la personne ou du service à qui l'enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public. Dans les cas où le ministère public a été avisé par le président du conseil général, il s'assure que la situation du mineur entre dans le champ d'application de l'article L. 226-4 du code de l'action sociale et des familles. Le juge peut se saisir d'office à titre exceptionnel.
    Elles peuvent être ordonnées en même temps pour plusieurs enfants relevant de la même autorité parentale.
    La décision fixe la durée de la mesure sans que celle-ci puisse, lorsqu'il s'agit d'une mesure éducative exercée par un service ou une institution, exceder deux ans. La mesure peut être renouvelée par décision motivée.
    Cependant, lorsque les parents présentent des difficultés relationnelles et éducatives graves, sévères et chroniques, évaluées comme telles dans l'état actuel des connaissances, affectant durablement leurs compétences dans l'exercice de leur responsabilité parentale, une mesure d'accueil exercée par un service ou une institution peut être ordonnée pour une durée supérieure, afin de permettre à l'enfant de bénéficier d'une continuité relationnelle, affective et géographique dans son lieu de vie dès lors qu'il est adapté à ses besoins immédiats et à venir.
    Un rapport concernant la situation de l'enfant doit être transmis annuellement au juge des enfants
    ".

Code Pénal

  • Article 226-14:
    "L'article 226-13 n'est pas applicable dans els cas où la loi impose ou autorise la révélation du secret. En outre, il n'est pas applicable:
    1: à celui qui informe les autorités judiciaires, médicales ou administratives de privations ou de sévices, y compris lorsqu'il s'agit d'atteintes ou mutilations sexuelles, dont il a eu connaissance et qui ont été infligées à un mineur ou à une personne qui n'est pas en mesure de se protéger en raison de son âge ou de son incapacité physique ou psychique;
    2: au médecin qui, avec l'accord de la victime, porte à la connaissance du procureur de la République les évices ou privations qu'il a constatés, sur le plan physique ou psychique, dans l'exercice de sa profession et qui lui permettent de présumer que des violences physiques, sexuelles ou psychiques de toute nature ont été commises. Lorsque la victime est un mineur ou une personne qui n'est pas en mesure de se protéger en raison de son âge ou de son incapacité physique ou psyshique, son accord n'est pas nécessaire;
    Le signalement aux autorités compétentes effectué dans les conditions prévues au présent article ne peut faire l'objet
    d'aucune sanction disciplinaire".

Code de l'action sociale et des familles

  • Article L. 226-2-1:
    "Sans préjudice des dispositions du II de l'article L. 226-4, les personnes qui mettent en oeuvre la politique de protection de l'enfance définie à l'article L. 112-3 ainsi que celles qui lui apportent leur concours transmettent sans délai au président du Conseil Général ou au responsable désigné par lui, conformément à l'article L. 226-3, toute information préoccupante sur un mineur en danger ou risquant de l'être, au sens de l'article 375 du code civil. Lorsque cette information est couverte par le secret professionnel, sa transmission est assurée dans le respect de l'article L; 226-2-2 du présent code. Cette transmission a pour but de permettre d'évaluer la situation du mineur et de déterminer les actions de protection et d'aide dont ce mineur et sa famille peuvent bénéficier. Sauf intérêt contraire de l'enfant, le père, la mère, toute autre personne exerçant l'autorité parentale ou le tuteur sont préalablement informés de cette transmission, selon des modalités adaptées".
  • Article L. 226-2-2:
    "Par exception à l'article 226-13 du code pénal, les personnes soumises au secret professionnel qui mettent en oeuvre la politique de protection de l'enfance définie à L. 112-3 ou qui lui apportent leur concours sont autorisées à partager entre elles des informations à caractère secret afin d'évaluer une situation individuelle, de déterminer et de mettre en oeuvre les actions de protection et d'aide dont les mineurs et leur famille peuvent bénéficier. Le partage des informations relatives à une situation individuelle est strictement limité à ce qui est nécessaire à l'accomplissement de la mission de protection de l'enfance. Le père, la mère, toute autre personne exerçant l'autorité parentale, le tuteur, l'enfant en fonction de son âge et de sa maturité sont préalablement informés, selon des modalités adaptées, sauf si cette information est contraire à l'intérêt de l'enfant".
  • Article L. 223-6:
    "Le Président du Conseil Général est chargé du recueil, du traitement et l'évaluation, à tout moment et qu'elle qu'en soit l'origine des informations préoccupantes relatives aux mineurs en danger ou qui risquent de l'être".
  • Circulaire du 6 mai 2010 n° NOR JUSF1012606C:
    "Rôle de l'institution judiciaire dans la mise en oeuvre de la réforme de la protection de l'enfance"

Bibliographie

  • Compte rendu des Etats Généraux de l'Enfance
    Atelier 1 "Améliorer la transmission d'informations relatives aux enfants en danger ou en risque de danger entre les acteurs de la protection de l'enfance"
    A consulter sur le site: www.etatsgenerauxdelenfance.famille.gouv.fr